Hommage

 

Geneviève Pastre, poétesse et militante du lesbianisme, est décé-dée

Geneviève Pastre, poétesse et militante du les-bianisme, est décédée la nuit dernière à l'âge de 87 ans, a annoncé son entourage. Née le 20 novembre 1924 à Mayence (Allemagne), ma-riée et mère de deux filles, Geneviève Pastre était une militante des homosexuels. Elle avait publié au début des années 70 de nombreux recueils de poèmes et de textes expérimen-taux, défendu la mémoire des déportés homo-sexuels, présidé la radio parisienne Fréquence Gaie et créé la maison d'édition Geneviève Pastre.

Le 15 février 2012, elle laissait ce message sur son blog :

Geneviève Pastre, poétesse et militante du les-bianisme, est décédée

Le 15 février 2012, elle laissait ce message sur son blog :

Aux lecteurs de ce blog

Mon silence prolongé est indépendant de ma volon-té.

Ce blog a "vécu" sans moi depuis quelques temps ..... et je suis ravie qu'il ai servi de lieu d'échange à tous :

 

- intéressés par sa teneur, visiteurs de passage et / ou "échangeurs fidèles"

- "squatters" de blog de tout bord inconnus et anonymes (que j'ai ce-pendant identifiés)

Ce blog est amené à disparaître, comme moi-même, dans peu de temps.

Laissez-moi vos réflexions, remarques, traces de vie et de vous, je saurai qu'en faire où que je sois.

Merci à vous tous.

Geneviève Pastre, le 15 février 2012

Biographie

Biographie

"J'aime écrire des textes qui possèdent deux vertus : l'insolence essentielle aux vrais créateurs et l'exemplarité visionnaire face à tous les conformismes"

  

Geneviève Pastre est une écrivaine, poétesse, militante, chercheuse indépendante en histoire, sociologie, anthropologie, philosophie. Elle est une grande figure du monde gay et lesbien.

  

Née le 20 novembre 1924, date du Manifeste du surréalisme, Geneviève Pastre a des racines triples : le Rhin, Mayence lieu de sa naissance, la Lorraine où elle a passé toute son enfance, et les grands Causses, Millau et toute sa région, terre d'origine de sa famille depuis toujours. Et le monde à découvrir.

  

Malgré une enfance vouée à la danse et sa volonté affirmée de s'y con-sacrer, elle est contrainte par sa famille à y renoncer et à poursuivre des études littéraires.

 

A 24 ans, elle les termine par l'agrégation de grammaire, qui l'oriente vers l'enseignement. Elle a été mariée, sans amour. A eu deux filles. Cette rupture avec ce qui donnait un sens à sa vie et à sa création artistique provoque chez elle, avec l'expérience de la douleur, le réflexe de l'écriture et la métamorphose en poète. Parallèlement, elle suit des cours de mime (avec Marceau et Jacques Lecoq) et, retrouvant ainsi la scène, crée son propre groupe, qui devient compagnie théâtrale en 1974, sous le nom de Théâtre de l'escalier, puis sous celui de "Compagnie Geneviève Pastre".

 

Ce sont alors des années de bonheur (près de vingt ans) dans et par la création continue (au moins une création annuelle). Après avoir publié des recueils de poèmes, des textes et un essai sur l'amour, De l'Amour lesbien, chez différents éditeurs, elle crée une collection personnelle : Les Octaviennes, en 1985, et finalement, sa propre maison d'édition en 1989 : Les Éditions Geneviève Pastre. Celles-ci incluent sa première collection, à laquelle elle en ajoute une seconde : Les Gémeaux, puis d'autres : bibliophilie, romans, essais, et une minipoche : Courants Ascendants. Le terme "Les Octaviennes" désigne aussi depuis 1988, une association de femmes créatrices, (ouverte à toutes et ouverte sur le monde) qu'elle a fondée et qu'elle anime, pour développer un réseau cul-turel original autour de jeunes talents autant que d'auteures confirmées.

 

Cette association culturelle fonctionne sur invitation et cooptation, de manière à préserver, tout en les élargissant, les "affinités électives". Elle a créé un prix de Poésie, un Prix Interarts, un Prix "Les Gémeaux", (créé en 1999) pour les poètes gais qui avaient concouru spontanément dès 1997.

 

Déjà en 1990, elle avait organisé le Troisième Festival européen de l'écriture gaie et lesbienne à Paris, "Anticipations Festival" qui a réuni près d'une centaine d'écrivains et d'écrivaines, de critiques, de tra-ducteurs/trices et d'éditeurs/trices (débats, salons littéraires, spectacles, etc.). Les premiers salons organisés dans le cadre de FALGWE (la fé-dération européenne) avaient eu lieu à Londres en 1987, puis à Rotterdam, "Satisfiction" en 1989. Elle a enfin créé, en 1985, un groupe d'écriture expérimentale : Tendi Mundi qui a participé, entre autres, à la Foire de la Poésie de Paris, aux Journées internationales de poésie de Rodez. Elle a également animé un atelier aux Rencontres Nationales d'Ateliers d'Ecriture à Aix- en-Provence en février 1993.

 

Elle participe aussi en tant qu'auteure et éditrice aux Salons de l'Homosocialité, et à celui de la Salle Wagram et de Cineffable. Avec les Octaviennes elle dit ses textes dans des récitals donnés en public (res-taurants de femmes et autres manifestations publiques). Elle se partage ainsi entre l'écriture, la mise en scène, la poésie, la recherche philo-sophique, sociologique et anthropologique, fait des communications dans de nombreux colloques et festivals, a été invitée sur des TV tant étrangères que françaises. Pendant dix années, elle a animé une émission hebdomadaire sur Radio-Libertaire, "Les Affinités électives".

 

Elle a utilisé parfois divers pseudonymes, en tant que critique ou ro-mancière.

 

Elle a créé un parti politique, les Politides (ou Mauves). Il propose un projet global de société, redéfinit l'homme sur des bases modernes, être d'expression et relationnel, en particulier en intégrant les sexualités dans son expression fondamentale et en se positionnant d'une façon décisive et radicale sur les grands sujets d'actualité sociaux, droits de l'homme, politiques (famille, enfant, etc.), et prend position publiquement chaque fois que l'événement l'exige.

 

En 1982, elle est présidente de l'association Fréquence Gaie, une radio FM parisienne qui deviendra Futur Génération puis aujourd’hui FG.

C’est à Fréquence Gaie que j’ai rencontré Geneviève Pastreet participé à cette véritable révolution et évolution des ondes.

 

Elle a été incinérée lors d'une cérémonie mercredi 22 février à 10h30 à Saintes (Charente).

Ses cendres, conformément à ses voeux, ont été dispersées en mer.

Poème

Oui j'ai partagé
le lit de tant de jeunes femmes

 

O tendresse indicible
de la chaleur des corps consentants
si proches et si discrets
bavardages légers qui cachaient à peine l'émotion
qui n'osait pas se dire
encore
bien-être
chuchoté
plongées dans le sommeil
prélude d'un plaisir
non encore avoué,
consentement muet ravissement des sens
bienheureuse durée de nos corps rapprochés,
confiance rieuse au creux des oreillers
et tranquille jouissance émerveillée de soi
d'être éclose épanouie dans l'ombre et la douceur des draps
parfaite conjonction qui des pieds à la tête
et jusqu'au bout des doigts nous envahit d'émoi

Je salue aujourd'hui ce bonheur sans mélange
dont le divin parfum ne m'a jamais quittée
aucun homme jamais ne saura quelle essence
la femme porte en soi, dans sa félicité

Son œuvre

 

Essais

De l’amour lesbien, Paris, Horay, 1980.
Athènes ou le péril saphique, Paris, Geneviève Pastre "Les Octaviennes", 1987.
Le Nouveau Manuel d'orthographe, Geneviève Pastre, 1991.
Le Bien aimer, Geneviève Pastre, 1995.
Les Amazones, du mythe à l’histoire, Paris, Geneviève Pastre "Les Octaviennes ", 1996.

avec
Louis-Georges Tin (dir.), Homosexualités, expression/répression, Paris, Stock, 2000

Autobiographie

 

Une femme en apesanteur, Paris, Balland « Modernes », 2002.

Nombreux articles parus dans des revues françaises ou améri-caines en particulier :

" Le "JE" femme/ homme" in L'homosexuel/le dans les sociétés civiles et religieuses CERDIC/CNRS Strasbourg (colloque), 1985

"Twentieth Century Lesbians : Should we revive Memory or break with the Past" in Journal of Homosexuality, vol 25 , n°1/-1-1993

"Sortir du piège… par un saut qualitatif : la saisie intuitive du philosophe par un regard sur lui-même, être humain sexué", in Homosexualités, expression ; répression, Stock, 2000

Musique, mise en scène et peinture :

Deux poèmes mis en musique par Yves-Marie Bruel et chantés par Christine Gouzes à l’abbaye de Sylvanès, en 1978 (in CD-oeuvres com-plètes d’Yves-Marie Bruel, 1995)

 

En Mai 1992, Le Théâtre de la Méduse a produit l'espace du souffle, dans une adaptation et une mise en scène de J.J. Charbonnier, avec Catherine Hasselwander. (La création a eu lieu au Théâtre Arcane à Paris).

  

En Novembre 1992, Jean Paul Gilly a exposé cinq tableaux d'une série de 29 à partir de l'espace du souffle, à la Mairie de Pantin, et au Centre Culturel d'Aubervilliers.

Poème

  

Pierre éclatée, 1972.
Fleur dans le ventre vert, 1968-1972, poèmes, J. Milas-Martin, 1973.
L'Espace du souffle, C. Bourgois, 1977.
Octavie ou la deuxième mort du Minotaure, Les Mots à la bouche, 1985.
Préludes pour un largo, Geneviève Pastre, 1988.
Instants d'éveil, Geneviève Pastre "les Octaviennes", 1994.
Espaces aléatoire, Geneviève Pastre "les Octaviennes", 1994.
Trois gorgées du modeste royaume, Geneviève Pastre

"les Octaviennes", 1995.
Vis-à-vis et Invia, suivi de L'état poétique, Geneviève Pastre

"les Octaviennes", 2005.

Ecartés des cérémonies officielles, Renaud Camus, Geneviève Pastre et Jean Le Bitoux déposent une gerbe au Père Lachaise, en 1983, devant le monument à la mémoire des déportés d'Oranienburg et de Sachsenhausen
Ecartés des cérémonies officielles, Renaud Camus, Geneviève Pastre et Jean Le Bitoux déposent une gerbe au Père Lachaise, en 1983, devant le monument à la mémoire des déportés d'Oranienburg et de Sachsenhausen

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