Rien n'est jamais inscrit dans le marbre

"Ne jamais oublier qu'il suffit d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des LGBTQIA+ soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Notre vie durant, nous devons demeurer vigilant."

René Brunel

René Brunel

78 tours et puis s'en va...

Ses émissions "Béret Basque et bottes de cuir" puis "Halleluyah Klaxon* (1) resteront parmi les très grands moments radiophoniques.

René Brunel – Pour écouter l'archive sonore clique sur l'image
René Brunel – Pour écouter l'archive sonore clique sur l'image

Comme beaucoup de radios, pendant la période estivale, la grille des programmes de "Futur Génération" se vidait de ses cases pour fonctionner en mode rediffusion.

 

Le chômage ne prenant jamais de vacances, "Mode d'Emploi" continuait ses directs pendant la période de juillet et août.

 

Si l'émission continuait, plus aucune personnalité politique ou médiatique n'était invitée. J'avais simplement repris le concept de Michel Coquet, mon mentor en radio et comme il le faisait, je recevais des animatrices et des animateurs de "Futur Génération".

 

Pendant deux heures elles (ils) nous faisaient découvrir leur émission, leur passion, leur travail... Elles (ils) avaient carte blanche, intervenaient quand elles (ils) le désiraient, d’ailleurs dans cet extrait, René va faire une suggestion d’emploi très surprenante à notre auditeur. Enfin, elles (ils) étaient chargé-e-s de la programmation musicale.

 

Ce 20 juillet 1988, je recevais un ami : René Brunel.

René Brunel, un animateur à part entière, entièrement à part sur "Fréquence Gaie" / "Futur Génération".

 

Ancien brocanteur et antiquaire, puis employé dans une maison de disque, René a connu la gloire sur les ondes de "Fréquence Gaie" dès ses débuts, puis de "Futur Génération" et après le violent putsch de décembre 1989, il sévira toujours avec la même passion, sur les ondes de "radio Aligre". Il était aussi un membre actif de l'association "Fréquence Gaie" et rejoindra l'Association des Animateurs de Futur Génération à sa création en décembre 1989, lorsque la société de gestion 97.2 et les responsables de l'association "Fréquence Gaie" tenteront de "vendre" "Futur Génération".

 

René Brunel, un passionné passionnant de music-hall, de chansons françaises d'avant-guerre, de 78 tours introuvables. Il possédait des trésors qui nous rentaient par une oreille et ne sortaient jamais par l’autre lorsqu’il les partageait en direct à l'antenne.

 

Il les connaissait tous.

Il les connait toutes.

Il savait tout.

Un surdoué.

 

René aimait passionnément la vie et les hommes en cuir

Il pouvait impressionner celles et ceux qui ne le connaissaient pas lorsqu’elles (ils) croisaient sa silhouette élancée dans les locaux de "Fréquence Gaie"/ "Futur Génération".

 

René Brunel n’avait pas la voix de son physique. Douce, avec ce petit quelque chose qui vous séduisait, vous saisissait et vous captivait immédiatement.

 

Toute la chanson française n'était pas dans René Brunel, mais tout René Brunel était dans la chanson française.

 

René est dans mon hit-parade personnel de ces belles rencontres faites au cours de cette longue aventure "Fréquence Gaie"/ "Futur Génération".

 

C'est Michel Coquet (qui aurait eu 80 ans le 24 novembre dernier) qui me l'avait présenté.

 

Nous allions très régulièrement dîner ensemble.

 

Et puis un jour, la vie des homosexuels du monde entier va être totalement bouleversée. On commençait à parler de "maladie des homosexuels"… de "cancer Gay".

 

René était un inquiet

Il nous posait des tas de questions dont nous n'avions pas la moindre réponse, car tout comme lui, nous commencions tout juste à découvrir l’ampleur cette tragédie mondiale.

 

Sida.

Pire qu’un mot, une sentence.

 

Que ce soit à "Gai Pied Hebdo", "Fréquence Gaie", "Futur Génération"… nous avons toutes et tous perdu beaucoup d'amis, de collègues, les deux à la fois. Souvent, il ne se passait pas une semaine sans que l'on accompagne l’un deux au cimetière.

 

Lors des obsèques de Philippe Joureau (Photographe pour "Gai Pied Hebdo")en 1989, René qui se savait séropositif depuis quelques mois, me rejoint. Il a le visage défait et me dit : "j'ai hésité à venir, car j’ai l'impression de venir assister à la répétition de mes propres obsèques".

 

À ce moment-là, je ne sais pas comment le réconforter.

Je ne trouve pas les mots à part le serrer dans mes bras.

 

Cette phrase restera éternellement gravée en moi.

 

René Brunel est décédé des suites d'un sida le 4 février 1991. Il était dans sa cinquante-troisième année.

 

L'archive sonore :

extrait de "Mode d’Emploi" du 20 juillet 1988.

Elle est présentée par Rémy de Pinho  et Christian Larcher.

La réalisation est assurée par Christian Huleu,
assisté de Laurent Marqués.

La troisième voix de la radio est celle de Bruno Pellan Raimbaud.

Le Minitel (3615 code FG rubrique Mode d’Emploi) est animé par Isabelle Sauvant.

 

La photo de René Brunel est signée Philippe Joureau pour Gai Pied Hebdo (1988).

 

L'archive sonore a été publiée par le "Groupe Fréquence Gaie" sur Facebook et les  "Archives LGBTQI+", le jour de la Journée mondiale de lutte contre le sida (1er décembre 2023) est à retrouver ICI ou en cliquant sur la photo de René Brunel.

 

(1) Orthographié tel que René le désirait.

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