Rien n'est jamais gravé dans le marbre
"Ne jamais oublier qu'il suffit d'une crise politique, économique ou religieuse pour que nos droits, tous nos droits, souvent chèrement obtenus, soient remis en question. Ces droits ne sont jamais définitivement acquis. Notre vie durant, nous devons demeurer vigilants."
New York
20 ans de prison pour le meurtre
homophobe et raciste d’O’Shae Sibley
Dmitriy Popov a été condamné à 20 ans de prison pour avoir tué O’Shae Sibley, danseur et chorégraphe gay de 28 ans, lors d’une attaque homophobe et raciste en juillet 2023 dans une station-service de Brooklyn.
Âgé de 20 ans aujourd’hui, il avait été déclaré coupable en juin d’homicide involontaire aggravé par un crime de haine, à l’issue d’un procès ayant mis en lumière les motivations homophobes et racistes de l’attaque.
Les faits remontent au 29 juillet 2023. O’Shae Sibley, 28 ans, et plusieurs amis s’étaient arrêtés dans le quartier de Midwood, à Brooklyn, après une journée à la plage. Alors qu’ils écoutaient de la musique et dansaient, ils ont été pris à partie par plusieurs individus. Selon l’accusation, des insultes homophobes et anti-Noirs ont été proférées avant que l’altercation ne dégénère.
Dmitriy Popov, qui avait 17 ans au moment des faits, a alors porté un coup de couteau au jeune artiste, qui est décédé des suites de ses blessures. Durant son procès, l’accusé a invoqué la légitime défense, une version qui n’a pas convaincu la cour.
La justice a retenu la qualification d’homicide involontaire aggravé par un mobile de haine, tandis que l’accusation de meurtre, plus sévèrement punie, n’a pas été retenue. La peine prononcée, proche du maximum prévu par la loi, est assortie d’un suivi après sa libération.
Lors de son intervention devant le tribunal, Dmitriy Popov a présenté ses excuses aux proches de la victime, affirmant regretter ses actes. "Je présente mes excuses pour cet événement tragique. Je n’ai jamais voulu tuer qui que ce soit, je n’ai jamais voulu que cela se termine ainsi. La décision que j’ai prise, j’aimerais pouvoir revenir dessus du plus profond de mon cœur. Je sais qu’aucun mot ne pourra ramener O’Shae", a-t-il déclaré.
Les proches d’O’Shae Sibley ont rendu hommage à un homme décrit comme lumineux, passionné par la danse et profondément attaché à son expression artistique. Sa disparition avait provoqué une forte émotion aux États-Unis et au-delà. La chanteuse Beyoncé, comme plusieurs autres artistes, lui avait notamment rendu hommage.
Pour le procureur de Brooklyn, cette affaire illustre une violence ciblée contre une personne dont la seule visibilité en tant qu’homme noir et gay aurait déclenché l’hostilité de son agresseur. "O’Shae Sibley était simplement lui-même".
Repéré sur le site https://www.stophomophobie.com
Harcèlement de Barbara Butch
La France insoumise isolée à gauche
En faisant interrompre le concert de la DJ Barbara Butch samedi à Grenoble, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon relance les critiques sur son rapport à l'antisémitisme. Le harcèlement de Barbara Butch n'est plus l'apanage du lobby réac.
Deux ans après la vague de haine en ligne qui avait suivi sa participation à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris, la DJ lesbienne est aujourd'hui prise pour cible par une partie de la gauche radicale. Ce samedi 18 juillet, des militants menés par un élu de La France insoumise (LFI) ont ainsi fait interrompre sa prestation à Grenoble. En cause : la signature par l'artiste juive, en mars dernier, d'une tribune de soutien à la proposition de loi Yadan contre les nouvelles formes d'antisémitisme. Un texte vivement combattu par LFI avant d'être retiré le 16 avril.
Trois mois après le retrait de la proposition de loi, donc, Barbara Butch se produisait vers 22h20 dans le cadre du festival Cabaret Frappé, organisé depuis 25 ans par la capitale de l'Isère, quand des militants propalestiniens sont venus perturber le concert. "Il y avait à peu près 150 militants devant la scène qui avaient des banderoles, qui sifflaient, l'insultaient", témoigne auprès de l'Agence France-Presse (AFP) un responsable de la programmation du festival. Au bout d'une vingtaine de minutes, la mairie se résout à suspendre le concert "afin de garantir la sécurité du public, des équipes et de l'ensemble des personnes présentes".
"Pacifique", la manifestation ?
À l'origine de cette action, un certain Allan Brunon, élu LFI à la mairie de Grenoble. Celui-ci s'était fait connaître du grand public en 2024 pour une altercation filmée, entre les deux tours des élections municipales, où on l'entend insulter un individu de "sale tapette". Après que la vidéo eut été publiée sur les réseaux sociaux, l'élu avait dit "regretter l'utilisation d'une insulte homophobe". Allan Brunon assume en revanche la prise à partie de Barbara Butch : "On est extrêmement fiers d'avoir participé à cette manifestation pacifique", a-t-il déclaré à l'AFP.
"Pacifique", la qualification fait débat : la municipalité dénonce plutôt "une agression intolérable en plein spectacle", rapportant des "jets de bouteilles en verre" et autres projectiles "visant délibérément la scène". "Les événements survenus hier soir sont d'une extrême gravité", a déclaré dimanche soir la maire de gauche de Grenoble, Laurence Ruffin, annonçant : "La Ville de Grenoble déposera plainte afin que toute la lumière soit faite sur ces faits et que leurs auteurs répondent de leurs actes devant la justice."
Barbara Butch cible de l'antisémitisme
Au micro de franceinfo ce lundi matin, Manuel Bompard, le bras droit de Jean-Luc Mélenchon, a été interrogé sur cette action visant une artiste dont il a lui-même rappelé qu'elle avait subi en 2024 "une campagne de cyberharcèlement avec des insultes grossophobes, homophobes". Mais, a-t-il estimé, "ça n'enlève rien au fait qu'elle a décidé de prendre une position politique et que je peux comprendre que cette position politique puisse générer une protestation".
Et tant pis si, entretemps, Barbara Butch s'est déjà expliquée sur le sujet. "La politique israélienne, elle ne me concerne pas (…), bien évidemment je suis contre ce gouvernement", précisait-elle dans une vidéo publiée fin avril sur Instagram, où elle expliquait : "J'ai signé une tribune pour dénoncer l'antisémitisme en France, que je subis au quotidien depuis mon enfance et qui a été encore plus fort après les JO. (…) Il y a des choses à redire sur cette loi mais moi, je ne suis pas juriste ou politologue, moi mon métier c'est de faire danser les gens."
Sur un tract distribué par la section grenobloise de LFI, que s'est procuré L'Opinion, l'artiste est néanmoins représentée devant un drapeau LGBT floqué d'une étoile de David et ensanglanté. Face au refus de la maire de Grenoble de céder à la pression, le texte d'appel au boycott proclame : "Nous n'avons donc pas d'autre option que de sensibiliser à l'entrée du festival, afin que les personnes qui viennent juste y écouter de la musique ne se retrouvent pas à soutenir, sans le savoir, une artiste complice de génocide."
La France insoumise choque la gauche
Hors LFI, cet acharnement contre Barbara Butch choque largement dans les rangs de la gauche. D'abord, en raison de la méthode utilisée. "Un tel sectarisme, une telle mise en cause de la liberté de création et de diffusion, nous conduisent dans le mur. Ils envoient des signaux contraires, à la fois sur les principes que nous défendons et sur les ennemis qui sont les nôtres", fustige la députée Clémentine Autain, rejointe par le maire du 11e arrondissement de Paris, David Belliard : "Liberté de création et de diffusion, c'est tout ce qui est attaqué par les réactionnaires. Ne cédons pas à la même impasse à gauche !"
"Ces méthodes n’aident en rien les Palestiniens et desservent les militants sincères. Solidarité avec Barbara Butch", a réagi sur X le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure, en écho avec son rival Boris Vallaud, député des Landes : "Ce n’est pas de la politique, c’est une agression. Rien de cela ne sert la cause de la Palestine. Rien de cela n'a à voir avec la gauche." Soutien également du maire de Paris, Emmanuel Grégoire, qui écrit : "Interrompre le spectacle d'une artiste n’est pas ma conception de la démocratie." Et Bernard Cazeneuve, ex-Premier ministre de François Hollande, de cingler sur BFMTV : "Cette gauche-là n'est pas la gauche, elle est une machine à excommunier, à instaurer la violence au coeur du débat politique, et tous les héritiers de Léon Blum et de la gauche républicaine devraient trouver en eux-mêmes la force de dire non à ceux qui se comportent ainsi."
Au-delà du désaccord politique et des méthodes utilisées, une question interpelle : pourquoi un tel acharnement sur cette artiste, qui plus est à propos d'une loi abandonnée ? Même Sandrine Rousseau, écologiste proche de LFI, s'est fendue sur Instagram d'un texte de soutien rappelant que "Barbara Butch ne représente pas Israël", qu'elle a "par ailleurs publiquement dit son opposition au gouvernement de Netanyahou" et qu'enfin, "de nombreuses autres personnalités ont signé cette pétition [pour la loi Yadan] sans subir le même traitement".
Le parti de Raphaël Glucksmann, qui a lui-même fait l'objet en mars d'une sortie polémique de Jean-Luc Mélenchon sur la prononciation de son patronyme, se montre également solidaire de Barbara Butch : "Aucun combat ne peut justifier l'antisémitisme. Place publique lui apporte son indéfectible soutien." Et le maire de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, d'enfoncer le clou : "L'antisémitisme ne change pas de nature selon le camp politique."
Repéré sur le site https://tetu.com